Les plaques d'égout sont des objets utiles. Sans elles, n'importe qui aurait accès au système d'assainissement des eaux. Les étourdis tomberaient dans les égouts et les curieux viendraient toucher à tout. Grâce à leurs motifs géométriques en 3D elles sont antidérapantes et empêchent véhicules et piétons de glisser par temps humide. Partout dans le monde, cela suffit à faire une bonne plaque d'égout et on se soucie peu de leur apparence. Mais pas au Japon.

L’exception japonaise  

Dans l'archipel, à la place des traditionnelles arabesques ton sur ton en 3D on trouve profusion de dessins reprenant l’histoire et la culture du pays: fleurs de cerisier, châteaux ou bien Hello Kitty... Il existe plus de 12 000 modèles différents. D’après la Japanese Manhole Society les éléments les plus représentés seraient les arbres, suivis par les paysages, les fleurs et les oiseaux, comme sur la plaque de Fujiyoshida qui abrite le Mont Fuji, un pivert et des sakuras.

Plaque égout décorée mont Fuji fleurs cerisiers roses ciel jaune oiseau

Arbres, mont Fuji, pic-vert et fleurs de cerisiers, la ville de Fujiyoshida réalise un sans faute. 

Mais pourquoi les Japonais ont-ils transformé un objet utile en un objet d’art?

À Tokyo, dans les années 80, monsieur Yatutake Kameda travaille au ministère de la construction et il est très embêté. La modernisation du réseau d'assainissement est trop lente! Seul 60% du pays est couvert par le tout à l’égout. Des dépenses importantes doivent être engagées mais les contribuables sont réticents. Le fonctionnaire a alors l'idée de transformer les  les plaques d’égout en objets décoratifs pour suciter l'adhésion. L'idée est un succès. Les villes imaginent leurs propres motifs et les habitants les adorent. Aujourd’hui, plus de 95% des 1790 municipalités nippones ont des manhôru décorées !

Mais pourquoi avons-nous transformé un objet aussi trivial en accessoire de mode ? 

Réaliser un pin’s, c’est comme fabriquer une plaque d’égout mais en beaucoup plus petit et plus léger. Une plaque d’égout c’est 110 kilos de fer ou de béton, voire des deux. Nos pin’s eux ne font que quelques dizaines de grammes mais répondent au même processus de fabrication. Après avoir créé un moule, on y verse l’alliage de métal. Une fois la forme prise et refroidie, on peint les détails en couleur. Nous, nous rajoutons une attache pour que vous puissiez le mettre sur votre pull.

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 Mise en couleur d’une plaque d’égout 

Chez Tiny Saguaro, comme dans les municipalités japonaises, on aime les histoires. Pour nous, regarder ces plaques d’égout, c’est comme lire un livre. Entre ouvrage historique, guide touristique et plan de la ville, elles attirent l’attention sur l’endroit où l’on est: un pompier signale la présence d’une caserne ou d’une borne incendie tandis que les mascottes des équipes de base-ball ornent les abords des stades. 

pins plaque égout camion de pompiers rouge fond bleu socle doré

 Pin's inspiré par la plaque d'égout de Takatomachi 

On a tellement aimé les designs et les histoires qu’on aurait voulu réaliser des centaines de pin’s. On a préféré vous demander de choisir en votant sur nos réseaux sociaux. Comme les Japonais, vous avez plébiscité des fleurs, des oiseaux et le Mont-Fuji en votant pour Sagamihara et Fujiyoshida. Mais vous avez aussi fait preuve d’originalité en choisissant de rendre hommage aux pompiers de Takatomachi. Si l’on se fie au nombre de votes reçus, vous êtes en train de tomber dans la folie des manhôlus

pins plaque égout hortensia géométrique rose violet bleu fond vert

Le pin's inspiré de la ville de Sagamihara et ses hortensias

Car au Japon, les «manhole covers» sont en train de devenir une tendance.

De plus en plus de personnes se déplacent dans tout l’archipel, généralement en train, pour admirer certains designs rares ou particulièrement originaux. Ça s’appelle le manhole hunting. Les participants expliquent avoir l’impression de participer à une chasse aux trésors grandeur nature mais sans se presser. 

Ces nouveaux explorateurs prennent des photos au cours de leurs voyages. Elles sont partagées sur les réseaux sociaux à travers le #manholecover (plus de 206 000 publications recensées sur Instagram). Des artistes se sont aussi emparés du sujet. Remo Camerota, un anglo-australien qui a beaucoup documenté le street-art japonais a consacré son deuxième ouvrage, Drainspotting, aux photos de plaques d’égout.

Tous ces passionnés se sont retrouvés à Tokyo au mois de février 2019 lors du Japanese Manhole Cover Festival. Ils ont pu admirer certains designs sur place, échanger des cartes de collection et acquérir des produits dérivés comme des porte-clefs, t-shirts… 

Nous n’avons pas pu y participer. A la place on vous propose de retrouver les sakuras et le mont-Fuji vu de Fukiyoshida, les hortensias de Sagamihara et les pompiers de Takatomachi dans notre boutique. Chaque pin’s est accompagné d’un livret illustré qui retrace l’histoire et le patrimoine de la ville. Il y est question de la Japanese Aerospace Exploration Agency, d’un catcheur superstar et de bains de forêt. 

double page livre illustation navette spatiale